Résumé de Histoire des Relations Internationales I : du Moyen Age à 1789, de Renouvin, Pierre, Hachette, 1994

 

Chapitre 1 : La rupture de l’unité romaine.

 

La chute de l’Empire Romain d’Occident (478) et l’établissement, sur son sol, de barbares généralement germaniques sont les deux faits qui dominent le Haut Moyen Age.

 

L’Empire Romain, c’est : la Bretagne, l’Europe de l’Ouest (au sud du Rhin et du Danube), le Proche-Orient (moins l’Arabie) et l’Afrique méditerranéenne.

 

L’Empire représente une unité économique, spirituelle et de civilisation. Cette unité est maculée d’un grand nombre de disparités à tous les niveaux entre Occident et Orient à tous les niveaux ; cependant, elle reste la caractéristique fondamentale du monde romain, qui facilite l’interconnexion des régions à l’intérieur de l’Empire.

 

En dehors se trouvent les « Barbares » :   les Germains, qui occupent l’espace au nord de l’Empire jusqu’aux Carpates et au Don à l’est, divisés en tribus

autonomes regroupant les Sippen, agrégats de groupements familiaux. Ces tribus sont caractérisées par un pouvoir politique faible, détenu par une aristocratie de chefs, par la pratique de l’agriculture et l’élevage qui n’empêchait pas les déplacements fréquents, et par les rites païens, bien que le christianisme va être progressivement adopté dès le IV siècle.

 

les Perses, grand ennemi de Rome à l’est aussi bien du point de vu politique que religieux

 

…et de nombreuses tribus et populations plus ou moins ‘primitives’ tout autour de l’Empire, avec lesquelles Rome entretenait des relations soit pacifiques ou guerrières. De plus, un grand nombre de Germains servir dans l’armée, puis dès la fin du 4e siècle, des populations entières vont s’établir à l’intérieur de l’Empire (Ostrogoths et Wisigoths), en qualité de « fédérés ». Malgré une romanisation superficielle de certains éléments, ils restèrent des populations « étrangères ».

 

Les Grandes Invasions : de la fin du 4e à la fin du 5e siècle, ensemble des migrations de populations barbares, principalement germaniques. Toutes les causes ne sont pas clairement discernées : luttes entre eux, manque d’espace pour la production de nourriture, attrait pour la Méditerranée, remous en Extrême Orient qui chassa les Huns et les Avars vers l’ouest, qui à leur tour, chassaient d’autres peuples encore plus à l’ouest.

 

Des royaumes sont fondés dans les zones les plus peuplées et romanisées de l’Empire déchu, soit autour de la Méditerranée, par les Germains Orientaux. Ces Etats sont faibles ; les structures sociales changent peu (pas de ‘germanisation’, car l’élément germain est trop peu important), et l’économie s’anémie de plus en plus.

 

Ceux fondés au nord par les Germains Occidentaux, dans des régions peu peuplées et loin de l’influence romaine, vont par contre être ‘germanisés’, et les conquêtes vont continuer pendant plus de trois siècles.

 

Enfin, à l’est, ce sont les Slaves qui s’établissent, bientôt dominés par les Avars.

 

Ainsi succède à la grande unité du 4e siècle, une grande multiplicité d’Etats, souvent hostiles les uns vis-à-vis des autres.

 

L’Empire d’Orient subit lui aussi des pertes, mais l’unité est maintenue. De là vont partir plusieurs tentatives pour restaurer l’unité romaine.

 

Depuis 476, c’est Odoacre, un Skire, qui exerce le pouvoir sur la péninsule italienne. Sous l’influence de l’Empereur d’Orient, Zénon, Théodoric, roi des Ostrogoths, va reconquérir l’Italie et quelques territoires annexes. Mais même s’il reconnaîtra la haute autorité de Zénon, L’Italie reste un Etat indépendant en pratique, parfois en conflit ouvert avec Byzance.

 

Une autre tentative lui succéda, émanant de Théodoric lui-même. Il s’alliera plusieurs chefs d’autres peuples germains (les Vandales, les Wisigoths….) en mariant à leurs chefs des femmes de sa famille. IL exerça ainsi son influence sur une très grande partie de l’Europe de l’Ouest jusqu’en 506-507, quand Clovis, roi des Francs, conquit la majeure partie du territoire alaman et la Gaule sous emprise wisigothique. Théodoric étendit son influence en plaçant une partie du pourtour méditerranéen à l’ouest sous son protectorat. Mais cela prit fin à sa mort en 526.

 

C’est l’Empereur Justinien d’Orient qui lancera une initiative plus importante. Il arracha l’Afrique et l’Italie, mais cette réunification partielle fut fragile, et les territoires seront perdus dans les cent ans à venir. Cela dit, cela laissa des traces profondes, en relançant les liens entre ces régions et l’Orient, et en favorisant la floraison des arts, qui influencera le développement artistique en Occident pour les siècles à venir.

 

Ce fut la dernière tentative, car l’Empire d’Orient tourna le plus gros de ses forces vers l’Est d’où venaient un danger certain, et s’asiatisait de plus en plus.

 

Les 7e et 8e siècles sont des siècles de fractionnement. Les Etats principaux qui furent façonnés à cette époque furent :

 

-la monarchie franque, fondée par Clovis entre 481 et 511, qui regroupa la plus grande partie de la Gaule, à laquelle ses descendants ajoutèrent le centre et le sud de la Germanie. Les différents peuples qui composaient cet ensemble conservaient leur droit privé propre. Le territoire appartenait au roi, et était divisé entre ses enfants à sa mort. Il n’y avait pas d’Etat, mais il existait une conscience d’unité, parfois rétablie dans les faits par des guerres civiles. Mais ces divisions et réunifications successives affaiblissaient la royauté en faveur de l’aristocratie, et des entités au sein de la monarchie franque virent le jour, où une conscience régionale se développait, amenant, fin du 7e  – début du 8e, à une sécession des certains de ces entités.

 

-formation de l’Angleterre : conquêtes entre les 5e et 8e siècles par les Angles, les Saxons et les Justes, qui divisèrent le territoire en nombreux royaumes. On assista alors à un affaissement du niveau de civilisation, à une germanisation radicale et une disparition du christianisme, dans un premier temps, jusqu’au 7e siècle ; un double courant missionnaire, à la fois romain et irlandais, amena à l’unité de l’Eglise d’Angleterre, préparant l’unité politique à venir.

 

-division de l’Italie : les Lombards, peuple germain fuyant l’avancée des Avars, conquit le nord, ainsi qu’une partie du centre et du sud, de l’Italie, entre les 6e et 8e siècle. Si le niveau de civilisation baissa brutalement dans un 1e temps, l’ouverture au catholicisme, les liens avec l’Italie impériale et l’Orient Byzantin, amenèrent  à son relèvement dès le milieu du 7e siècle, ainsi qu’à la romanisation des Lombards. Dans le reste de la péninsule, l’action politique du Saint-Siège se développa. Il faut surtout retenir que l’Italie, de par ses caractéristiques culturelles et économiques, et par son lien avec Byzance, en fait un foyer potentiel de renouvellement de la civilisation en Europe.

 

-l’Espagne, un royaume wisigothique unifié: jusqu’au 8e siècle. Les éléments germaniques étant peu nombreux, ils furent aussi romanisés, surtout avec la conversion du roi, puis du peuple, au catholicisme (589). L’affaiblissement progressif de la monarchie face au clergé et à l’aristocratie facilita la conquête de l’Espagne par les Arabes au 8e siècle (711), qui venaient de conquérir l’Afrique byzantine.

 

Le bassin méditerranéen est donc morcelé, ce qui n’empêchera pas les relations commerciales entre monarchies, le monde byzantin et le monde arabe.

 

 

Chapitre 2 : L’Epoque carolingienne

 

2 faits à garder en considérations : les développements de la monarchie franque sous la dynastie carolingiennel’importance politique croissante de la papauté

 

C’est Charles, dit Martel, qui de 719 à 741 rétablit l’unité et le pouvoir central perdu par les rois mérovingiens, encore nominalement au pouvoir. Mais c’est bien la famille carolingienne, d’Hesbay en Austrasie, dont il est issu, qui dirige réellement. Il conquit aussi de nouveaux territoires et repoussa les Sarasins (les Musulmans d’Espagne) ; enfin il protégea les actions évangélistes des missionnaires anglais.

 

Son fils Pépin le Bref (Pépin III) continua son œuvre ; sa protection de saint Boniface, réformateur, le mit en bonnes relations avec la papauté. C’est ainsi que quand il se proclama roi des Francs(751), il fut appuyé par Rome, ce qui joua un grand rôle dans son succès. En retour, il mena deux expéditions en Italie (755-6), protégeant Rome de l’avancée du souverain lombard qui voulait unifier l’Italie sous sa couronne, le forçant même à rendre des territoires, permettant la création d’un Etat pontifical.

 

Le fils de Pépin, Charlemagne (768-814) étendit plus encore l’emprise franque sur l’Europe, formant un bloc chrétien, avec comme centre non plus Rome, mais la région entre la Loire et le Rhin, fief des Carolingiens. Tous les peuples germaniques continentaux son sous leur coupe. Les influences diverses de cette main-mise se feront sentir longtemps encore : rapprochement entre nord et sud (Aquitaine) de la Gaule, influence italienne importée au niveau des arts et de l’intelligentsia, pénétration des influences occidentales en Saxe païenne et à l’est, dans la région danubienne (future Autriche). Le système vassalique (hommes libres (vassaux) servant leur roi, ce pour lequel ils reçoivent une récompense, souvent une terre. Les Eglises et les comtes eurent eux aussi des vassaux).

 

Charlemagne fut couronné empereur en 800 par le pape, car il fut convaincu par son conseiller, l’Anglais Alcuin, de la nécessité de recouvrir ce titre, symbole de l’unité chrétienne. Cette prétention fit peur aux empereurs d’Orient, jusqu’en 812 où on parvint à un accord (à contre cœur de la part des Orientaux) qui limitait le pouvoir des deux empereurs, l’un en Occident, l’autre en Orient.

 

C’est son fils Louis le Pieux (814-840), pour qui la religion primait, qui saisit le 1e la portée de ce titre. L’empire, défenseur et diffuseur de la foi chrétienne, devait rester uni, d’où l’édit de 817 excluant tout partage à la succession de l’empereur. Mais cette conception du pouvoir et de la succession n’étaient que peu répandues. Cela, et d’autres facteurs, l’incapacité de Louis et de ses fils, le radicalisme du clergé et la faiblesse des institutions, entre autres, furent la raison de l’échec du maintien de l’unité. Si bien qu’en 843, l’empire fut divisé entre les fils de Louis : à Charles le Chauve l’ouest (future France), à Louis le Germanique l’Est (l’Allemagne), et le centre à Lothaire 1e, centre qui sera à son tour divisé à sa mort en 855.

 

Ces successions furent entachées d’intrigues et de soulèvements à l’intérieur, et fragilisées par les invasions de l’extérieur (Sarasins, Normands, Bretons, Slaves). Malgré un bref sursis sous Charles le Gros, l’empire se disloqua en 887, sous l’impulsion de diverses aristocraties. Ce fut aussi la fin de l’image de l’Empereur, dirigeant et protecteur de la Chrétienté occidentale. Ce furent des hommes d’Eglise, l’archevêque de Reims, Hincmar, puis le pape Nicolas 1e, qui jouèrent pour quelques temps ce rôle (années 50-60). Mais par la suite, et les papes et les empereurs furent incapables de relever la situation jusqu’à la fin officielle de l’Empire.

 

Les Etats nés de cette dissolution avaient des points communs : ils avaient tous subis l’uniformisation de la liturgie et le soutien des rois francs à l’expansion de l’Eglise et l’organisation d’un enseignement élémentaire qui aida à la diffusion des connaissances dans tout l’Empire (Rennaissance carolingienne).

 

Au niveau économique, c’est toujours l’agriculture qui domine ; les rapports commerciaux se font largement dans le bassin méditerranéen, même si d’autres axes se développent au début du 9e siècle : commerce continental vers les Slaves, commerce entre la Seine et le Rhin incluant les Anglais, les Scandinaves et les pays entourant la Baltique, pour lesquelles on utilisaient la monnaie franque, en argent. Mais les conquêtes danoises et norvégiennes des vikings réduisirent cette état de fait presque à néant.

 

D’ailleurs, c’est de sa lutte avec les Danois que l’Angleterre se définit comme entité politique, sous l’égide d’Albert le Grand (871-899). Au siècle suivant, c’est l’Ecosse qui se constitua sous l’impulsion d’envahisseurs irlandais, les Scoti. Tous eurent à faire aux envahisseurs du nord.

 

A l’est, l’Empire romain d’Orient se maintint à peu près entre les 7e et 9e siècles, même s’il perdit quelques parties de son territoire (Macédoine, Dalmatie, Chypre, Sicile, entre autres). Il sut se défendre à la fois des Bulgares qui visèrent Constantinople, et contre l’Islam en Asie Mineure, en particulier sous Basile 1e, à la fin du 9e siècle.

 

Durant cette période, l’écart entre Occident et Orient se creuse, le 2e étant nettement plus en avance que ce soit sur le plan organisationnel ou le plan des arts ; au niveau religieux, le patriarche de Constantinople de plus en plus se voit comme l’égal du pape (il y eu même un bref schisme en 867). L’Eglise d’Orient eut un grand impact sur les Bulgares et sur la diffusion du christianisme dans les régions slaves des Balkans d’abord, puis sur les Varègues, ou « russes », d’origine des aventuriers suédois qui s’établirent en principautés dans les plaines orientales vers les lieux navigables, reliant  l’Orient, le nord-est et la Scandinavie.

 

A l’inverse, le monde musulman s’effrite politiquement, dû à la diversité des peuples et des religions au sein même de l’Islam. Nouvelle dynastie régnante, déclarations d’autonomies proches de l’indépendance morcelèrent l’ensemble, et les différents états étaient souvent en conflit entre eux. Cela dit, l’Islam maintient quand même un lien, ainsi que l’utilisation de la langue arabe dans l’enseignement religieux et l’administration et que des liens commerciaux parfois étroits. De plus, durant les 8e et 9e siècles s’est constituée une culture islamique, issue des différents pays concernés.